« Ne pouvez-vous traiter un esprit malade, arracher à la mémoire un chagrin enraciné, effacer les soucis écrits dans le cerveau, et grâce à quelque antidote de doux oubli, soulager la poitrine oppressée du poids périlleux qui pèse sur le coeur? Il faut ici que le malade soit son propre médecin. »
Shakespeare
« Tous le monde va au paradis. Tous, sans exception. » Je me souviens encore de ces soirs lorsque Papa venait me border et me lire une histoire avant de m'endormir avec un bisou sur le front. Il me disait souvent que j'étais la seule femme de sa vie et qu'un jour, on s'en irait d'ici, de cette maison perdue au milieu de nul part. Il travaillait dur pour cela, je le sais. J'aimais sa présence, j'aimais le fait qu'il soit près de moi. J'aimais cela. Il était grand, il était intelligent, il était gentil...tout le contraire de Maman. Maman, elle, ne m'aimait pas et ne m'avait jamais aimé. Elle passait ses journées à boire et à me frapper avec l'une ou l'autre des ceintures que Papa rangeait dans le tiroir du haut de ma commode et elle me demandait : « Tu en as assez ? Tu en as assez ? » Oui, j'en avais assez mais je n'osais pas lui répondre car les coups devenaient de plus en plus violents chaque jour qui passait. La haine venait envahir mon âme déjà remplie de tant d'injustice. Un jour, je crois que c'était avant les vacances de Noël, ou pendant, je ne m'en souviens plus. Il est venu me voir et rien n'a plus été pareil. Jamais. Avant, je dormais bien. Papa chassait les monstres qui se trouvaient sous mon lit. Il allumait la lumière et le croque-mitaine s'enfuyait. Et puis, il a tué Maman. A ce moment-là, je me trouvais à l'angle de la porte de ma chambre. J'avais entendu un bruit dans les couloirs. Il devait être dans les environs de 2o heures car Maman prenait sa douche habituelle. Je me suis faufilée en dehors. Il faisait déjà nuit et personne n'avait allumé de lumière dans la maison. J'ai eu peur durant un instant car je pensais que quelqu'un était en train de nous cambrioler. Je l'ai vu, il tenait une batte de baseball à la main. En passant, il m'a sourit et m'a demander de ne pas faire de bruit. Je ne comprenais pas ce qui se passait, je n'avais que 6 ans. Il s'approcha de la salle de bain, un marteau à la main. On entendait encore l'eau couler du robinet derrière la porte. Il bondit soudain sur elle et en quelques fractions de secondes, il l'assomma à trois reprises. Le sang éclaboussa les miroirs accrochés au mur. Elle ne cria pas, ne supplia pas. Couchée sur le sol, elle resta immobile et le regarda. Son front était barré par une profonde entaille qui saignait abondamment, fonçant bientôt le blanc de sa robe de chambre. Soudain, son regard se tourna vers moi. Elle avait l'air de dire qu'elle était désolée mais je ne la croyais pas. Jamais. J'eus soudain une pensée ignoble, j'étais contente qu'elle meure. Papa referma la porte et j'entendis un grand cri et puis...plus rien. Un silence digne d'un enterrement. Je suis retournée dans ma chambre et me suis rendormie. J'avais même fait un joli rêve ce soir-là. Papa est venu me réveillé le lendemain pour me dire que je ne devais plus avoir peur mais que lui, il devait s'en aller, qu'il ne pouvait plus rester près de moi. Je crois même qu'il a pleuré en sortant, accompagné de deux policiers. Une dame est venue vers moi lorsque Papa a quitté ma chambre et elle m'a demandé de la suivre. Je me suis habillée de ma robe à fleurs rose et suis sortie. J'ai jeté un regard vers la salle de bain et je l'ai vu, allongée sur le côté, tel un cadavre oublié, une jambe tendue, l'autre pliée. Ses yeux étaient grands ouverts. Je suis partie sans me retourner. Plus jamais je ne revis cette maison, plus jamais je ne revis mon père. J'ai vécu 5 ans dans un hôpital psychiatrique car l'on pensait que j'avais subit un choc énorme. Ce n'était pas le cas. Rien n'avait changé. J'ai fait la connaissance d'enfants comme moi, eux aussi avait perdu leur père dans les mêmes circonstances. On était enfermé ici et on nous obligeait à prendre des médicaments tous les jours. Je ne les aimais pas du tout car il n'avait aucun goût. Ceux que Papa me donnait avaient du goût, eux. Oh, ce qu'il me manque. J'ai appris quelques années après mon entrée à l'hôpital que des Messieurs l'avaient mis sur une chaise et qu'il en est mort. J'ai demandé à l'infirmière, celle qui aime jouer avec nous, s'il était au paradis et elle m'a dit que les personnes comme Papa n'y allaient pas. Je lui ai dit que ce n'était pas vrai qu'elle mentait parce que mon Papa m'avait toujours dit que tous allaient au paradis. Ce sont des monstres, je les déteste. A partir de ce moment, j'ai eu des crises d'angoisse, des picotements dans la poitrine. Je me retrouvais souvent seule, plus personne ne voulait jouer avec moi car selon eux, j'étais devenue violente et trop insolente car je criais sur tout le monde. Lorsque je suis sortie d'ici, je n'avais nulle part où aller. On m'a traîné de famille en famille et jamais personne n'a voulu de moi. Je me suis dit qu'il fallait que je change si je voulais de nouveau un papa comme Papa. Je venais d'avoir 15 ans lorsque l'on m'annonça qu'enfin, on avait trouvé une famille pour moi. J'ai eu 3 frères et 1 s½ur avec qui je passais beaucoup de temps. Ma mère était très jolie, et mon père, très gentil. Je les aimais bien. Ils étaient ce que je recherchais depuis toujours, de la stabilité. On partait pour les vacances d'été à la mer, et celles d'hiver en montagne. Mon père m'a même acheté un chien que je nommai Charlie. Il était tout brun avec un museau noir. Tout le monde l'adorait mais un jour, il disparut. Personne ne su où il était, excepté moi. Je leur ai dit : « Tous le monde va au paradis. Tous, sans exception. » En allant à l'université, j'ai rencontré un garçon. Il s'appelait Ben. Nous étions inscrits aux même cours de droit. Le métier d'avocat nous intéressait et un jour, il m'avait même demandé en mariage. Nous vivions heureux, jusqu'à ce que je découvre qu'il me trompait avec ma s½ur. Je n'en ai jamais voulu à ma s½ur, ah ça, non, mais lui, il me répugnait et l'envie de le tuer me démangeait. Première peine de c½ur. Je crois que je ne m'en suis jamais remise. J'eus de nouveau mes crises d'angoisse et on me donna des médicaments qui, selon moi, me rendait encore plus folle que je ne l'étais déjà. L'idée de tuer me revenait de plus en plus souvent depuis que je prenais ces médicaments mais cela ne me déplaisait pas. J'en prenais encore plus pour y penser. Je me faisais même des scènes lorsque seule à la maison, je tenais un couteau à la main. Un jour, c'est arrivé. J'ai décidé de passer à l'action...pour voir, pour ressentir les frissons, tout simplement. Lui, je l'ai trouvé à mon cours de jardinage. Il était grand, beau, les yeux bleus...étrangement, il ressemblait à Ben, quand, j'y repense, ils se ressemblaient tous. Je l'ai invité à venir boire un verre à la maison et il est venu. Il était assis sur le nouveau canapé blanc que je venais d'acheté. En faisant attention de ne pas devoir le salir, je l'ai invité à s'asseoir sur le fauteuil en cuir, c'est plus facile à nettoyer. Je suis partie dans la cuisine et lorsque je suis revenue, je tenais un couteau à la main. Il ne me voyait pas, alors j'ai essayé de me faufiler le plus discrètement possible vers lui. Avec un geste rapide, je le lui ai enfoncé en pleins dans la nuque. Il émit soudain un gémissement aigu. Je riais au fond de moi, comme si toute cette scène me rendait heureuse. En prenant soin de ne pas le tuer, je lui en ai enfoncé un autre à l'avant, avec un petit mouvement vers le haut. Il avait l'air horrifié mais n'arrivait plus à bougé. Il me regardait avec de gros yeux globuleux. Je ne pouvais plus rien faire pour lui. Il commençait à mourir à petit feu. Je l'ai laissé là sur le sol du salon et je suis partie à la douche. Tout cela m'avait épuisé. J'ai réfléchi à comment m'en débarrasser. Il était encore vivant, je ne pouvais donc pas le découper comme cela. J'avais sa tête à porter de main alors je suis allée fouiller dans ma boîte à outil et j'en ai sorti un marteau. Je lui ai dit : « Tous le monde va au paradis. Tous, sans exception. » et je lui ai fracassé le crâne. Après l'avoir soigneusement dépecé et coupé en petites tranches, je l'ai déposé dans de barquettes que je suis allée offrir à mes voisins. Ce n'était pas la dernière personne que je tuais et j'allais encore tuer jusqu'à ce que je rejoigne mon père parce que « Tous le monde va au paradis. Tous, sans exception. »